Google Chrome : l'installation automatique d'un modèle d'IA de 4 Go suscite des critiques
Publié le 06/05/2026 - Source : The Privacy Guy
La récente mise à jour du navigateur Google Chrome inclut le téléchargement silencieux de Gemini Nano, un modèle d'intelligence artificielle locale. Cette pratique, effectuée sans le consentement préalable des utilisateurs, soulève d'importantes questions juridiques, techniques et environnementales.
Le déploiement de la version 147 de Google Chrome s'accompagne d'une modification technique majeure. Le navigateur télécharge désormais automatiquement un fichier nommé weights.bin, d'une taille d'environ 4 Go, dans le répertoire local de l'utilisateur. Ce fichier constitue le cœur de Gemini Nano, la version allégée de l'intelligence artificielle de Google conçue pour fonctionner directement sur l'appareil (on-device).
Ce processus s'effectue en arrière-plan, sans notification ni demande d'autorisation. Selon les tests rapportés par Alexander Hanff, expert en protection de la vie privée (The Privacy Guy), le téléchargement peut s'initier et se finaliser en moins de quinze minutes sur les systèmes Windows et macOS répondant aux critères techniques requis, sans aucun indicateur visuel pour l'utilisateur.
Des mécanismes d'installation contestés
L'expert Alexander Hanff dénonce l'utilisation de plusieurs « dark patterns » (interfaces trompeuses) dans ce déploiement. Il souligne notamment l'opacité du nommage des dossiers (OptGuideOnDeviceModel au lieu d'une référence explicite à Gemini), l'absence d'option d'activation (opt-in) et la difficulté de suppression. En effet, si un utilisateur localise et supprime manuellement le fichier, Chrome lance une nouvelle installation de manière automatique dès le redémarrage.
Actuellement, la seule méthode pour empêcher ce téléchargement consiste à modifier des paramètres expérimentaux via chrome://flags ou à utiliser des outils de gestion de politique d'entreprise, des manipulations qui ne sont pas à la portée de l'utilisateur moyen.
Bien que la version 147 de Chrome introduise un bouton d'IA dans la barre d'adresse, celui-ci traite les requêtes via des serveurs cloud. Le modèle local de 4 Go est, quant à lui, destiné à alimenter des outils intégrés tels que l'assistance à la rédaction (« Help me write »).
Enjeux juridiques et impact environnemental
Sur le plan légal, cette pratique pourrait contrevenir à plusieurs réglementations, notamment en Europe. Hanff invoque l'article 5(3) de la directive ePrivacy, qui interdit le stockage d'informations sur l'équipement d'un utilisateur sans son consentement préalable. De plus, les principes de transparence et de protection des données dès la conception, inscrits dans le RGPD (articles 5 et 25), sont cités comme potentiellement enfreints par ce téléchargement automatique et non documenté.
Au-delà de la confidentialité, l'impact écologique est également mis en avant. Le déploiement massif d'un fichier de cette taille sur des millions d'appareils représenterait, selon les estimations de l'expert, une empreinte carbone de 640 000 tonnes de CO2e. Pour les utilisateurs disposant de forfaits de données limités ou utilisant une connexion mobile, ce téléchargement imprévu peut également entraîner une consommation intégrale de leur quota de données sans avertissement préalable.
Face à ces constats, les défenseurs des droits numériques préconisent une évolution de la politique de Google, demandant l'instauration d'un consentement explicite avant tout téléchargement et la mise à disposition d'un outil de suppression simple et définitif.